Focus sur les églises de la Communauté de Communes des Coteaux et Plaines du Pays Lafrançaisain

Histoire

Par-delà leurs spécificités que nous vous engageons à découvrir, les nombreuses églises de notre territoire nous racontent une histoire commune, celle de l’emprise progressive et des vicissitudes du catholicisme en cette région du Bas-Quercy.

Si l’origine de Notre-Dame de Nevèges est très ancienne, avec un premier édifice sans doute érigé aux premiers temps de l’évangélisation du Quercy sur les vestiges d’un site gallo-romain, et si l’église primitive de Saint-Romain de Puycornet est signalée dans un document du milieu du Xe siècle, la plupart des paroisses et églises apparaissent, selon les sources disponibles, entre la fin du XIe siècle (Lapeyrouse, Saint-Maurice, Saint-Etienne de Cougournac, Saint-Felix de Piquecos, Saint-Jean de Perges) et le XIIIe (Saint-Nazaire de Lunel, Saint-Julien de Vazerac, ainsi sans doute que Saint-Etienne de Léribosc et Saint-Sernin de Rouzet), traduisant le mouvement de défrichement, d’implantation et de croissance démographique qui affecte le royaume et l’Occident plus généralement après le premier millénaire. Les coteaux du Bas-Quercy, encore largement couverts de forêts, s’inscrivent dans ce mouvement. Seule l’église primitive Saint-Georges de Lafrançaise est plus tardive, sans doute de la fin du XVe siècle, remplaçant alors Saint-Pierre de Bénas comme église paroissiale de la bastide fondée un siècle plus tôt. Cette dernière sera détruite lors des guerres de Religion.

Ces églises et ces paroisses sont durant le Moyen âge sous le contrôle des établissements ecclésiastiques environnants les plus puissants : l’abbaye de Moissac pour beaucoup (Lapeyrouse, Lunel, Saint-Maurice, Saint-Etienne de Cougournac, Saint-Jean de Perges), l’évêque de Cahors (Cougournac, Léribosc, Saint-Julien de Vazerac, Belpech), la chartreuse de Cahors (Cougournac, Notre-Dame de l’Assomption de Gibiniargues), le chapitre cathédral de Cahors (Saint-Felix de Piquecos), le chapitre collégial de Montpezat-de-Quercy (Saint-Saturnin d’Aussac), le prieuré de Francour (Rouzet).

Si certaines ont pu être touchées par les combats de la guerre de Cent Ans (Notre-Dame de Nevèges ou Saint-Julien de Vazerac ont été rebâties à la fin du XVe siècle), elles ont surtout souffert, au XVIe siècle et jusque dans le premier quart du XVIIe siècle, des guerres de Religion. Les coteaux du Bas-Quercy sont essentiellement une terre catholique, tandis que les protestants s’emparent de plusieurs villes des vallées de l’Aveyron et du Tarn, au premier chef Montauban en 1561. Les décennies qui suivent, jusqu’à la paix d’Alès de 1629, sont une suite d’attaques et de contre-attaques, de prises de villes et de mises à sac, qui ruinent une grande partie des églises de la région. La plupart sont donc reconstruites, partiellement ou entièrement, au cours du XVIIe siècle (Saint-Saturnin de Camareil, Gibiniargues, Saint-Georges de Lafrançaise, Saint-Maurice, Saint-Simon, Saint-Saturnin de Gleyage à Rouzet, Saint-Felix de Piquecos, Saint-Etienne de Léribosc, Saint-Julien de Vazerac, Saint-Saturnin d’Aussac, Saint-Etienne de Cougournac, Saint-Jean de Perges). Dans l’urgence, devant l’ampleur des reconstructions nécessaires ou faute de moyens à l’issue des conflits, certaines peuvent être reconstruites assez pauvrement. De sorte qu’il ne reste aujourd’hui que quelques exemples d’architecture médiévale dans certaines églises de nos coteaux : la majeure partie de la nef de Saint-Julien de Vazerac, qui date des XVe et XVIe siècles, les chapelles gothiques du XVe siècle de Saint-Felix de Piquecos et Belpech, l’église Notre-Dame de Nevèges par exemple.

Enfin les plus importantes vont être remaniées, agrandies ou totalement reconstruites au XIXe siècle. Ce siècle est vécu par l’Eglise comme une période de reconquête, en opposition au processus de déchristianisation qui affecte de nombreuses parties du territoire français. Il est donc marqué par un vaste mouvement de reconstruction ou d’agrandissement des églises, notamment dans sa deuxième moitié. C’est le plus formidable effort de construction depuis l’apparition du « blanc manteau » des églises romanes après l’an mil. Les lieux de culte du XVIIe siècle sont désormais jugés trop modestes, trop petits. Et l’air du temps est alors à la redécouverte d’une architecture qui exalte la splendeur de la Chrétienté médiévale, avant les « errements » et l’impiété de l’âge classique et les tourments révolutionnaires. C’est tout d’abord le néo-gothique qui exprime cette ferveur retrouvée dans les nouvelles constructions, comme à Saint-Georges de Lafrançaise, Saint-Jean de Perges ou Saint-Pierre de Campredon, ou dans les nouvelles voûtes en croisées d’ogives de Saint-Maurice, Saint-Nazaire de Lunel, Saint-Julien de Vazerac. Mais à la fin du siècle, Notre-Dame de Lapeyrouse, en partie reconstruite sur le modèle du Sacré-Cœur de Montmartre, traduit la vogue nouvelle du romano-byzantin. Une nouvelle paroisse apparaît même à Loubéjac (qui dépendait jusque-là de celle d’Ardus), entraînant la construction de son église achevée en 1849.

 

Mobilier et verrières

Quelques éléments subsistent de la période pré-révolutionnaire. On trouve assez régulièrement des statues de Vierges en bois polychrome et doré, notamment plusieurs Vierges à l’Enfant, que l’on peut dater des XVIIe ou XVIIIe siècles. Ces statues reflètent les impératifs cultuels d’une période post-tridentine durant laquelle se réaffirme en terre catholique le culte de la Vierge. On trouve aussi parfois quelques statues de saints. On trouve enfin et surtout quelques éléments de mobilier liés au maître-autel (tabernacles et retables baroques notamment), ou des peintures du XVIIIe siècle.

Mais pour l’essentiel, le mobilier est plus récent, du XIXe siècle ou début du XXe siècle. Qu’une grande partie du mobilier précédent se soit perdu dans la tourmente révolutionnaire, ou qu’il ait été relégué lors des remaniements matériels des églises et de la réforme cultuelle liée au triomphe de l’ultramontanisme au XIXe siècle, la plupart des autels et des statues sont en terre cuite ou plâtre peints, fabriqués en série notamment dans les ateliers toulousains (Monna et Giscard par exemple). Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, à l’ère industrielle, ce matériel religieux « standardisé » est vendu sur catalogue dans la France entière. Pour les autels, le style néo-gothique est de mise. Et les verrières traduisent également le renouveau du vitrail au XIXe siècle, lui aussi lié au goût néo-gothique ; nombreuses sont celles qui proviennent de la célèbre fabrique Gesta de Toulouse.

 

Une iconographie caractéristique des dévotions à partir du milieu du XIXe siècle

L’identité des personnages représentés sur ces vitraux ou dans la statuaire est révélatrice des dévotions majeures de cette époque de reconquête spirituelle catholique romaine. Ces dévotions, favorisées par la Papauté, reflètent les évolutions du sentiment religieux.

La Sainte Famille y est omniprésente. La figure du Christ est majoritairement celle du Christ au Sacré-Cœur, dévotion née des apparitions de Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial au XVIIe siècle. Cette dévotion, en forte progression au XIXe siècle, reflète la religion de miséricorde et de réparation que veut promouvoir Rome dans ce temps nouveau qu’elle dénonce comme celui de l’’impiété. Les représentations de la Vierge sont également très nombreuses (surtout celles de Notre-Dame de Lourdes), qui reflètent l’essor majeur du culte marial au XIXe siècle, la multiplication de ses apparitions en ce siècle, ou encore l’affirmation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854. Saint Joseph est enfin très présent, lui qui pour l’Eglise reflète les vertus d’humilité et d’obéissance; il est, par ses qualités de père, de mari, d’homme respectueux de l’ordre établi, un exemple donné pour l’édification des fidèles.

L’humilité et les vertus chrétiennes d’une jeune paysanne, d’une jeune bergère, s’incarnent aussi en Germaine de Pibrac, canonisée en 1867, dont l’image est très présente dans la plupart de nos églises rurales. Elle est particulièrement populaire dans les régions rurales du sud-ouest et au-delà, notamment auprès des populations féminines et de la jeunesse sur lesquelles l’Eglise entend fonder son effort de rechristianisation.

Sainte Philomène traduit également l’importance qu’acquièrent à cette époque les premiers martyrs chrétiens. Leurs ossements (réels ou supposés) retrouvés dans les catacombes romaines sont offerts comme reliques dans toute l’Europe catholique. Ainsi la sainte, jeune martyre dont la tombe est « découverte » au début du siècle dans une de ces catacombes, devient un modèle de la résistance chrétienne aux persécutions. La Papauté, menacée par l’esprit des Lumières, la Révolution française et plus récemment l’unité italienne, veut donc la donner en exemple aux fidèles. Egalement patronne des marins, elle est présente dans deux églises paroissiales du bord de l’Aveyron, rivière alors ouverte à la navigation.

Sainte Jeanne d’Arc est elle aussi omniprésente, avant même sa canonisation en 1920, traduisant le développement d’un culte qui exalte la nation française dans une période de lutte contre la puissance allemande.

 

 

On trouve enfin dans toutes les églises ce saint thaumaturge qu’est saint Antoine de Padoue, mais également des représentations des patrons des églises : saint Saturnin, saint Georges, saint Maurice, saint Nazaire, saint Julien, saint Pierre…